Agir et non pas subir L’action sereine en management et coaching

 

Par Michael Pichat Maître de conférences des universités en psychologie Fondateur du Cabinet Chrysippe-R&D Co-directeur des programmes exécutifs « Management et coaching » Dauphine-Chrysippe.

Je vais vous présenter une technique de management et de coaching, issue de la philosophie stoïcienne, qui vise à articuler, à équilibrer bien-être (apaisement) et efficacité (orientation action) face aux difficultés professionnelles : les nôtres, comme celles de nos collaborateurs ou coachés. Donc une technique aussi bien à utiliser pour nous-même, qu’une technique à laquelle nous pouvons former les personnes que nous encadrons ou accompagnons.

Cette approche repose sur un petit manuel pratique de sagesse philosophique, très court, le Manuel d’Épictète, un philosophe stoïcien central du 1er siècle après Jésus-Christ. Épictète attire notre attention sur la distinction fondamentale entre deux choses : ce qui repose sur nous et ce qui ne repose pas sur nous.

Ce qui repose sur nous, nous indique Épictète, c’est : 
- Jouer notre rôle social (notamment professionnel) face aux difficultés : agir, en l’état de la situation, au service de nos objectifs, missions, valeurs et aspirations. - Acter ce qui est, prendre acte de l’existence des difficultés, accepteræ leur présence et leurs conséquences (ce qui ne veut certainement pas dire ne pas agir). Autrement dit, arrêter de vouloir contrôler l’incontrôlable, arrêter de s’épuiser contre ce qui n’est pas en notre pouvoir, arrêter de faire comme si ces difficultés, dans une espèce de pensée magique illusoire, ne devaient pas exister.

- Ce qui repose sur nous enfin, c’est également notre réaction émotionnelle face à ces difficultés : à savoir nous mettre en paix avec l’existence du négatif et de ses conséquences, comprendre que notre rôle c’est d’agir face aux difficultés mais pas d’en souffrir ou d’en être (trop) stressé, comprendre que nous sommes payés pour agir mais non pour souffrir, comprendre que nous avons le pouvoir de rester serein face aux difficultés ; car il n’est pas vrai que les choses négatives ont le pouvoir de nous atteindre à ce point. 

Ce qui se traduit, au niveau opérationnel, face aux événements négatifs bien réels de notre quotidien professionnel, par le fait d’arrêter de nous raconter mentalement à nous-même des histoires catastrophisantes qui nous expliquent que : « c’est grave », « c’est inadmissible », « c’est insupportable », « c’est un échec », « c’est humiliant », « c’est injuste » ; autrement dit arrêter de reconstruire mentalement le négatif en une chose bien plus terrible qu’il n’est réellement : le négatif, et même le très négatif, n’est que du négatif, rien de plus. Nous avons le pouvoir de réguler ce phénomène psychologique des « pensées automatiques » et des « reprises mentales » que nous activons face aux situations négatives, à nous de décider de nous en emparer.

D’un autre côté, ce qui ne repose pas sur nous, nous interpelle Épictète, c’est de contrôler totalement les résultats de nos actions, de contrôler totalement les autres (leurs pensées, leurs actions, leurs émotions), de contrôler totalement les situations et les événements. De même que contrôler totalement notre réputation, nos gains matériels, l’atteinte de nos objectifs. Même si nous pouvons toujours nous mentir en nous racontant le contraire, au sein de chimères mentales rassurantes le temps de quelques instants illusoires.

Et dès lors Épictète nous met en garde : « si tu veux que ce qui ne repose pas sur toi, repose sur toi, tu seras malheureux toute ta vie et tu passeras celle-ci à accuser les dieux et les hommes ». Manager ou coacher, c’est donc montrer une frontière à ne pas dépasser, en invitant collaborateurs ou coachés à :
- se focaliser sur ce qui est avant la frontière : nos actions, résolues et engagées, qui incombent à notre rôle, dans le sens de nos objectifs et de nos valeurs ; - renoncer à contrôler ce qui est après la frontière et incontrôlable : les résultats de nos actions, les événements, les autres.

Cette approche est ainsi une méthode de réallocation d’« énergie », de refocalisation de son activité, qui consiste à passer : 
- d’un état, anxiogène et contre-productif, où je mets toute mon énergie à refuser d’acter ce qui ne repose pas sur moi, à ruminer le négatif (en accusant, ressassant, diabolisant, imaginant les pires conséquences, regrettant, déplorant, etc.) (quel lecteur du présent article peut oser affirmer qu’il ne se reconnaît pas parfois ici ?) 
- A un état, d’apaisement et d’orientation action, où je réalloue toute mon énergie à acter, à accepter la présence de ce qui ne repose pas sur moi, de ce négatif que je ne peux pas totalement contrôler et de ses conséquences que je ne peux pas plus totalement contrôler ; état où je réalise enfin que je suis là non pas pour souffrir de ce négatif, bien réel et bien impactant, mais pour le gérer au mieux ; état dans lequel je prends enfin conscience que les obstacles n’ont pas le pouvoir de m’impacter aussi fortement et qu’il est en mon pouvoir total de me focaliser, hic et nunc, sur le fait de jouer mon rôle (de dirigeant, de manager, de collaborateur) et d’opérer sur ce qui repose sur moi, à savoir agir de façon déterminée, en l’état de la situation, au service de mes missions, objectifs et valeurs.
 

Tel est le message stoïcien, apaisant et hyper-orienté action, qui constitue un pilier de nos programmes « Management et coaching » co-portés par l’Université Paris Dauphine-PSL et le Cabinet Chrysippe-R&D.

 

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